L’ANALYSE

COMMENT FAIRE LA RECHERCHE D’UN SOI

La lampe de Sagesse

Extraits des «Versets sur la méditation sur la non-existence d’un soi

"Je me prosterne au Maître sans pareil, le Bouddha parfait

Au Seigneur de la sagesse parfaite, le noble Manjushri et tous les autres

Et aux détenteurs de la lignée du sens définitif.

Je vais ici expliquer de manière succincte les étapes de la méditation sur l’absence du soi."


 (1)Les cinq agrégats* (skandhas) ne sont pas le soi de l’individu

Il n’y a pas de soi qui soit identique aux agrégats

Et il n’y a pas de soi qui existe en dehors des agrégats.

Le soi ne possède pas les cinq agrégats.

Les agrégats ne dépendent pas du soi et le soi ne dépend pas des agrégats.


(2)Pourquoi est-il nécessaire de méditer sur l’absence de soi individuel?

Parce que la racine du samsara* est l’attachement au soi

Et qu’en dehors de son remède, l’absence de soi,

Tu ne trouveras absolument rien trouver qui puisse s’y opposer.


(7)Toute cette vertu accumulée au prix d’efforts,

Si non dédiée à l’Eveil parfait,

Sera détruite par la colère et autres.

Scellez donc cette vertu avec une dédicace non-référentielle, encore et encore.


A cette dédicace suivent les prières d’aspiration:

«Afin de bénéficier tous les êtres, y compris mes ennemis

Puissè-je naitre en animal, humain, dieu, demi-dieu et aussi dans d’autres royaumes.

Dans toutes sortes de corps, puissé-je apprivoiser les êtres », ainsi je prie. (11)


Subséquemment, par le pouvoir de l’accomplissement total des deux accumulations, 

Puissent tous les êtres être remplis d’amour les uns pour les autres,

Puissent-ils jouir d’une prospérité pacifique sans conflit,

Et ainsi puissent les auspices favorables illuminer l’univers tout entier.(12) 



*agrégats: il s’agit de la forme, sensations, discernement, formations mentales, conscience
* samsara: cycle des existences conditionnées successives, soumises à la souffrance, à l'attachement et à l'ignorance.

Copyright KhenpoTsultrim Gyamtso  1998 New York



LA SAGESSE FONDAMENTALE DE LA VOIE DU MILIEU

Mulamadhyamakakarika par le Noble NAGARJUNA
Avec un commentaire de Ju Mipam Rinpoche

EXTRAITS du chapitre 18:

 L’examen d’un soi et des phénomènes

LA REFUTATION D’UN SOI ET DU MIEN


L’examen ici est dirigé sur ce sentiment instinctif d’un «moi» perçu en conjonction avec le sens instinctif de «mien». Sont-ils identiques ou différents des

skandhas (agrégats), et où pourraient-ils être localisés ?


S’il était le cas que le soi soit les agrégats 
Il aurait tendance à apparaître et à cesser.

S’il était quelque chose de différent des agrégats,
Il n’aurait pas alors les caractéristiques des agrégats.


S’il était le cas que le soi soit constitué de l’ensemble des cinq agrégats(skandhas), le soi serait aussi d’apparaître et de cesser; il y aurait des sois multiples;et il n’y aurait pas de force compulsive  menant [le  soi] à prendre en charge [les skandhas], parce que les skandhas et leur essence [c.-à-d., le soi] seraient inséparables.


Si au contraire le soi  était quelque chose d’autre que les skandhas, il lui manquerait les 3 caractéristiques des skandhas, à savoir le fait d’apparaître, de rester, puis de se désintégrer. Si l’on prétend que c’est le cas, la conséquence serait que le soi soit non-composé, puisqu’il serait une non-chose. Et un non-composite n’a absolument aucune singularité essentielle, tel une fleur céleste . Etant permanent, il ne serait pas en mesure d’exécuter une quelconque action d’un soi, et serait ainsi inutile.


Et s’il n’y a pas de « moi » réel existant,

Comment pourrait-il alors exister un « mien »?

Puisque « moi» et « mien » sont totalement pacifiés ,

L’attachement  au« moi » et au « mien » est éliminé.


Si,pour ces raisons, il n’y a pas de véritable«moi» existant avec une essence constitutive, comment pourrait-il y avoir des skandhas et autres existant en tant que «mien», qui eux ne pourrait exister que dans la dépendance d’un tel « moi»

Lorsque les objets observés - le «moi»et les choses considérées comme étant «miennes» -  sont naturellement pacifiés , c’est-à-dire qu’elles n’ont jamais   existé en tant qu’ objets d’observation, leur observateur – l’idée accrochée à  un «moi» et à un«mien» - est corrigée et ainsi éliminée.


LA FAÇON DONT LA LIBÉRATION EST ATTEINTE EN ÉPUISANT LA FIXATION


Si vous dites , «le yogi qui voit qu’il n’y a pas de  moi ni de mien, existecela prouve donc qu’il y a un soi», [la réponse serait :] 


Celui pour lequel il n’y a ni «moi» ni «mien»

N’est pas quelqu’un qui existe non plus.

Celui-là même qui perçoit  l’absence d’existence

D’un «moi» et «mien» conçus  ne voit pas de soi


Celui pour lequel il n’y a ni «moi» ni «mien», à savoir le yogi qui voit que ceux-ci n’existent pas, n’a pas d’existence en tant que quelqu’un dont la nature serait celle d’un soi parce que aucun soi [de l’individu] n’est possible autre que le soi et que les skandhas qui viennent d’être examinés. Ainsi le yogi-même qui voit l’absence d’existence d’un «moi» et «mien» conçus ne perçoit pas un soi.


Un yogi est celui pour lequel il n’y a pas de supposition de «moi» et«mien» prenant place. On pourrait ainsi dire qu’un «yogi» qui verraitune quelconque chose comme existante en tant que matière substantielle,ne perceverait  pas vraiment la nature ultime et ne serait pas en mesured’abandonner les vues concernant la  collection éphémère.


Tous les états d’esprit affligés trouvent leur cause dans les vues concernant les collections éphémères. Mais puisque ces points de vues n’ont pas d’application valide, l’adoption compulsive  [d’états affligés etainsi des skandhas] peut être complètement anéantie. Lorsque cela a été accompli, il n’y a plus de nouvelle accumulation de karma, et de ce fait plus de naissance ultérieure [provenant  de la compulsion karmique].


Et pourquoi cela ? Parce que karma et kleshas* et le reste proviennent des pensées et ainsi n’existent pas de façon inhérente, puisque de tels états affligés ne sont autres que des productions collatéralles des pensées liées à des croyances erronées et l’interprétation [des apparences   comme étant] agréables ou désagréables, et ainsi de suite.


Les pensées   impliquant des croyances erronées sont produites par accoutumance, depuis   des temps immémoriaux, à un processus defabrication impliquant des   suppositions persistantes s’accrochant résolument à l’existence  d’un connaisseur et de quelque chose de connu, ainsi que d’un signifiant et de quelque chose de signifié à travers des termes tels que «vase», «tapis»,   «homme», «femme», «perte»,«gain» etc. Ces fabrications sont imprégnées de la croyance qui consiste à prendre les choses comme existant vraiment.   Lorsque les objets auxquels  ils se réfèrent seront perçus comme étant  rien   d’autre que vacuité, ils cesseront [d’apparaître comme réels].


Quand la supposition: ««moi» est ce qui est interne, et «mien» est ce qui est "externe" a été écartée,

Ce qui est adopté compulsivement

Prendra fin, et avec cela la naissance prendra fin également.


Nous sommes engagés dans des points de vues concernant la collection éphémère qui supposent que les skandhas internes animés soient   le«moi» et que les skandhas externes inanimés soient ce qui est «à moi». Quand ceux-ci auront été éliminées, quatre facteurs adoptés compulsivement cesseront. Ceux-ci incluent les désirs adoptés compulsivement, les points de vues, la   fixation sur son propre code disciplinaire comme étant supérieur, et la revendication de l’existenced’un soi. Parce que l’adoption compulsive de tels facteurs a été éliminée, le type de naissance dont  la caractéristique est d’engedrer une existence samsarique va de même prendre fin.


 Quand karma et kleshas* disparaissent,  c’est la libération. 

Il a non seulement dit «Il y a un soi»,

Mais a aussi parfois enseigné «Il n’y a pas de soi».

Mais les bouddhas enseignent de même l’absence totale

A la fois du soi et de son absence.



* kleshas: afflictions



Non seulement le Bouddha a-t-il parfois dit «Il y a un soi», indiquant qu’il existe afin de guider ceux qui ont des vues nihilistes (tels les Charvakas*) vers la prochaine étape. Il a également parfois enseigné qu’il n’y a pas de soi, afin de corriger ceux qui entretiennent des vues au sujet de la collection transitoire. Mais il y en a aussi qui, suite à une accoutumance précédente, ont un engagement supérieur dans les enseignements traitant du subtil et qui sont proches du nirvana. Ce sont les étudiants avancés, qui sont capables de comprendre que, lorsque le Puissant Sage enseignait la liberté de l’attachement désireux dans les Textes, il visait en fait quelque chose de beaucoup plus profond, le point le plus profond contenu dans les Textes, la nature ultime. Pour de tels étudiants, le Bouddha a fourni les moyens de se défaire des deux postures précédentes, en démontrant l’absence à la fois  du soi et de l’absence du soi. 


[Ici, le Bouddha a enseigné que la véritable nature n’est aucun des précédents, à savoir qu’elle n’est pas un soi, ni un non-soi. En d’autres termes, il n’y a pas de soi véritablement existant ni de non-soi véritablement existant.  

Donc, les deux premières postures (celles d’un soiet celle d’un non soi) ne révèlent pas la véritable nature. Et pourquoi pas? Parce que penser qu’il y a un soi est un concept, et penser qu’il n’y a pas de soi est un autre concept. La véritable nature va au-delà des concepts etainsi ne peut pas être exprimée par le biais  de fabrications conceptuelles. Mais l’ordre dans lequel ces étapes ont été  enseignées est important.]


Tout d’abord vient l’enseignement qu’il y a un soi, que le Bouddha a enseigné
 en premier pour contrecarrer le nihilisme : l’idée que les actions n’entraînent 
aucune conséquence. Donc, ici, Il enseignait le niveau fondamental, où les
disciples doivent assimiler ce qu’est le  karma et la souffrance.

En second lieu, le Bouddha a enseigné qu’il n’y a pas de soi afin de corriger 
l’idée que le soi qu’il a enseigné en premier soit un soi vraiment existant et 
permanent.
Troisièmement, il a enseigné que la vraie nature est au-delà des 2 formes de 
fabrications conceptuelles du soi et du non-soi.Cela est présenté dans les 
écritures comme suit : 

Tout comme la vue qu’il y a un soi n’est pas correcte, 
De même, son antidote — l’absence d’un soi- n’est pas correcte non plus. 
Ainsi, il n’y a aucun soi que ce soit, et aucun non-soi que ce soit.

Dans un soutra, le Bouddha enseigne:

 Kashyapa, ce que l’on appelle «soi», c’’est un extrême. Ce que l’on appelle 
«non- soi», c’est un autre extrême. Qu’existe-t-il au milieu entre ces deux 
extrèmes? C’est  là où il n’y a ni forme, ni description, etc....

[Nagarjuna, dans le] Ratnamala dit, entre autres :

Ainsi il est le cas que  le soi et l’absencede soi, 
Correctement compris ne sont pas observés, . 
Et c’est pour cela que le Puissant Sage corrige 
A la fois la vue d’un soi et celle de l’absence de soi.

Le texte appelé Mots Clairs [Prasannapadda, par Chandrakirti] explique cela 
comme constituant une progression par étapes correspondant au niveau du
disciple, progressant respectivement de l’inférieur, au médiocre, puis vers le
 plus avancé.

Dans le même ordre , Aryadeva a dit:

Tout d’abord il a guidé ceux qui manquaient de mérite 
Au milieu, il a corrigé [la croyance en un] soi.
Finalement, il a éliminé tout ce qui constituait une  bases pour  ces vues.
Quiconque comprend cela est sage.

Comme le dit un sutra:

Tout comme lorsque l’on enseigne l’alphabet à 
quelqu’un,Les lettres sont introduitesdans l’ordre séquentiel,
De même le Bouddha, lorsqu’enseigne aux êtres le dharma,
Leur fournit précisément ce qu’ils sont capables de digérer.

Le Prajnaparamita dit:

Si vous expérimentez quelque chose que vous appelez «un soi existant», vous
 n’expérimentez pas la connaissance transcendantale. 
Et la même chose vaut pour le non-soi . Et c’est pareil lorsqu’on nomme les 
skandhas vides.

PRÉSENTATION DES CARACTÉRISTIQUES DÉFINISSANT LAVERITABLE
 NATURE

Vous pourriez alors demander: «Comment l’objet de la réalisation, la véritable 
nature, est-elle définie?»Il a déjà été démontré qu’elle transcende la pensée et
 l’expression.Mais il se peut que vous insistiez néanmoins pour que ses caractéristiques déterminantes soient décrites dans des termes qui 
correspondent aux conventions utilisées dans le monde.

Dans ce cas, [son premier trait de définition est que] il ne peut pas être 
compris précisément tel quil est à travers des présentations données par 
d’autres utilisant raisonnements et exemples. 
Cela correspondrait à une personne dotée de cataractes grises qui pourrait 
«voire» sans cataractes,juste sur la base d’enseignement que  les cheveux 
qu’elle voyait n’e sont pas là *. On ne peut pas compréhender correctement
 son objet de compréhension de cette façon, puisque l’on ne voit pas
 réellement ce qui est décrit. On serait seulement en mesure de comprendre 
que sa façon de voir était erronée. 
Par contre, si la maladie oculaire est éliminée par des procédures médicales appropriées, la vision correcte va directement se manifester

Les quatre sceaux caractérisant l’enseignement du Bouddha

Tous les phénomènes composés sont impermanents
• Tout ce qui est souillé est souffrance
• Tous les phénomènes sont vides et manquent d’existence propre
• Seul le Nirvana est libération et paix authentique



*Il s’agit des flotteurs que l’on observe en regardant le ciel et qui sont juste une illusion